Du 2 au 28 février 2026, dans le cadre de « Un mois / une œuvre », les Figures des histoires de la saincte Bible, conservées au Service des collections remarquables, sont exposées dans le Hall de La Ruche.

Un genre littéraire en vogue du XVIe au XVIIIe siècle

Les Figures de la Bible désignent un genre florissant à partir des années 1530, représentant l’Écriture sainte à travers des suites iconographiques. Dans ces recueils de gravures, d’abord sur bois puis sur cuivre, les textes et les images sont étroitement liés. Les Figures de la Bible sont apparentées aux livres d’emblèmes, un autre genre littéraire en images très en vogue à la même époque, dont elles adoptent la disposition. Sur chaque page, une gravure est surmontée d’un titre et suivie d’un texte (équivalents du motto et de l’épigramme des Emblemata). Cette tripartition fait apparaître plusieurs niveaux de lecture.

Une lecture pour les « doctes » et les « simples »

Bibliothèques de l’université de Poitiers, FAM 1947

Dans le cas présent, la composition est même quadruple puisqu’une phrase en italiques, avant le paragraphe de texte, développe le titre. De la sorte, il est possible pour le lecteur, selon son niveau d’aisance, d’avoir une lecture de plus en plus complexe et approfondie, du simple titre jusqu’au récit détaillé, couvrant plusieurs versets de la Bible.
Cependant, c’est avant tout l’image, occupant la moitié de la page, qui capte immédiatement le regard. Si l’on se rapporte au titre de l’ouvrage, Figures des histoires de la saincte Bible, accompagnees de briefs discours, il est manifeste que l’avantage est donné aux images, les textes venant en appui et non l’inverse.

Le triomphe de l’image

L’image constitue un formidable instrument pour l’édification et l’instruction religieuse, particulièrement pour les « simples », ceux qui ne savent pas lire (ce que rappelle l’épître dédicatoire). Elle facilite aussi la mémorisation des récits bibliques et incite à la dévotion par la contemplation méditative.
Le Concile de Trente, dans un décret de 1563, a affirmé la valeur des images et la légitimité de leur usage pour raconter les Saintes Écritures. L’importance des images dans les Figures de la Bible est aussi à relier à l’enjeu qu’elles représentent dans le contexte de la Contre-Réforme et de l’iconoclasme protestant.

Parcours des bois gravés

Cette œuvre, publiée la première fois en 1596 par Jean Le Clerc (1560-1621 ?), est connue sous le titre de Bible de Jean Le Clerc ou sous celui de Bible de Jean Cousin, les dessins ayant été attribués à Jean Cousin (1536 ?-1594 ?). La très belle suite de 272 gravures sur bois serait l’œuvre de Jean Le Clerc, imprimeur‑libraire et graveur parisien, et peut-être en partie de Nicolas Prevost, un monogramme NP, visible sur l’une d’elles, pourrait être le sien. Si les textes connurent de minimes changements au cours des publications, les mêmes bois (y compris ceux de l’encadrement du titre) ont été utilisés pendant près de 130 ans. En attestent des défauts, présents de la première à la dernière des dix éditions, auxquels se sont progressivement ajoutées des altérations dues à des insectes xylophages. À l’imprimeur‑libraire d’origine (parutions de 1596 et 1614) succédèrent Guillaume Le Bé, le plus prolifique (parutions de 1635, 1643, 1653, 1660, 1670 et 1683), Robert Pépié et Antoine Rafflé (parution de 1688), et enfin Alexis de La Roche et Jean Lesclapart (parution de 1724).

Bibliothèques de l’université de Poitiers, FAM 1847

Provenances et marques d’usage

L’ouvrage a été donné à l’université de Poitiers, en 2025, par Madeleine Litoux, ancienne enseignante et aquarelliste poitevine. Ce livre était dans sa famille depuis plusieurs générations, ce dont témoignent les ex-libris manuscrits de ses ancêtres portés sur un feuillet de garde. D’autres marques de provenance antérieures apparaissent en différents endroits du livre. Le verso blanc de la dernière page imprimée porte, par exemple, pas moins de quatre noms différents, et encore ce feuillet est-il déchiré, rognant, pour le moins, l’un des ex-libris.
Les mains qui ont fréquemment feuilleté ce livre y ont certes causé des dommages (page de titre disparue, feuillets déchirés, essais de plumes et écritures, etc.) mais ont aussi tenté des réparations à l’aide de bandelettes de papier collées.
Toutes ces marques d’usage montrent combien ce livre était un objet familier pour ses anciens possesseurs.

 

Bibliothèques de l’université de Poitiers, FAM 1947

 

Bibliographie :

ENGAMMARE Max, « Les Figures de la Bible. Le destin oublié d’un genre littéraire en image (XVIe-XVIIe s.) » dans Mélanges de l’École française de Rome. Italie et Méditerranée, tome 106, n°2, 1994, p. 549-591

DELAVEAU Martine, HILLARD Denise (éds.), Bibles imprimées du XVe au XVIIIe siècle conservées à Paris, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2002, p. 212-227

KAMMERER Elsa, Entre recréation de l’âme et récréation des yeux : les Figures de la Bible au XVIe siècle, 2012, [en ligne, HAL]

Sandrine Painsard

  • Vos BU sur les réseaux sociaux !