La cartographie en France au début de l’époque moderne

Au XVIe siècle en France, les cartes sont fabriquées soit par des imprimeurs-libraires (qui prévoient la publication, puis la financent et la font imprimer), soit par des producteurs d’estampes (qui gravent et éditent), ce qui engendre une rivalité entre libraires, graveurs et marchands d’estampes, et conduit à ce que texte et image ne soient pas produits en même temps, alors que l’association des deux contribue à ce que certaines grandes villes étrangères soient florissantes. Dans le royaume de France, les conflits politiques, notamment les guerres de Religion, fragilisent encore les réseaux de production de livres, du fait notamment d’un manque d’investissements.
Mais, au XVIIe siècle, la cartographie commence à utiliser les études des ingénieurs militaires. C’est ainsi qu’elle se développe, avec les œuvres de Melchior Tavernier (1594-1665) et de Christophe Tassin (16..-1660), célèbre pour ses atlas oblongs. Les cartographes s’empruntent alors beaucoup les uns aux autres.
Cartes de geographie…

Publiées en 1688 chez la fille de l’auteur, la libraire Mademoiselle Duval, les Cartes de geographie les plus nouvelles et les plus fideles, avecque leurs divisions regulieres, qui marquent les bornes des Estats selon les derniers traités de Paix ne sont signalées dans les collections d’aucune autre bibliothèque publique de France, si l’on en croit les grands catalogues collectifs français. Elles sont complétées dans l’exemplaire présenté ici par 44 cartes postérieures (de différentes régions de France et d’Europe), dont certaines sont l’œuvre du « Père Placide, Augustin Déchaussé, Geographe du Roy », qui est Placide de Sainte-Hélène (1649-1734). Ces ajouts en font une œuvre unique.
Au frontispice se trouve un portrait de l’auteur, Pierre Duval (ou Du Val, ou Du-Val comme dans cet ouvrage), gravé par « Langlois », peut-être Nicolas Langlois (1640-1703), éditeur et graveur, qui a imprimé d’autres ouvrages de Pierre Duval. Né à Abbeville en 1619 et mort à Paris en 1683, Pierre Duval,

éditeur et marchand de cartes, devient géographe ordinaire du Roi en 1650. Il est spécialiste des atlas, des jeux de cartes, dont un se trouve dans cet ouvrage, et des jeux de l’oie destinés à enseigner la géographie.
Les cartes ont été mises en couleur à la main de manière à en faciliter la lecture et à les rendre plus esthétiques, ce qui leur donne une plus grande valeur marchande.
Les cartouches portant le titre, souvent très travaillés, ont dans ces cartes la même fonction que la couleur. Pour les espaces les plus lointains, ils apportent également une touche d’exotisme, et en disent ainsi plus sur l’imaginaire européen de l’époque que sur les réalités des contrées cartographiées elles-mêmes.
L’ouvrage, entré dans les collections de l’université en 1909 quand les ouvrages du Grand séminaire de Poitiers ont été saisis, porte deux marques de possession, le cachet de la « Bibliothèque du Grand Séminaire de Poitiers » et une autre plus ancienne, l’ex-libris manuscrit « Ex libris Ludovici Guillemot ». Ce document a peut-être appartenu à Louis (Ludovicus en latin) Guillemot (1760-1844), nommé professeur à la Faculté de droit de Poitiers en 1790, puis professeur de la première chaire de droit civil au moment de la création de l’École de droit de Poitiers en 1806, avant d’être conseiller municipal de Poitiers, du 29 novembre 1811 à 1830.
Piste bibliographique
Mireille Pastoureau (avec la collaboration de Frank Lestringant), Les atlas français XVIe-XVIIe siècles : répertoire bibliographique et étude, Paris, Bibliothèque nationale, 1984
Le Picton. Culture & patrimoine en Poitou & Charentes, n° 281, avril-mai-juin 2025
Anne-Sophie Traineau-Durozoy
